Performance, que de crimes commis en ton nom.

En ce début d’année, notre pays connaît le mauvais feuilleton de nos deux grands instituts bancaires. Même si leur existence n’est pas en cause, les pertes subies font frémir ; s’y ajoute une communication déficiente qui nous fait nous interroger sur les raisons de ces dysfonctionnements.

1. La course à la performance

C’est, à notre avis, le point de départ du problème. Toujours gagner plus et surtout plus que l’autre et plus vite. Les gains sont là, les objectifs atteints, on se gargarise. On ne veut pas être les meilleurs, donc viser l’excellence, mais on veut uniquement améliorer les résultats. On privilégie la quantité au détriment de la qualité.

Et cela, en mettant en sourdine le point suivant :

2. L’évaluation du risque

Ce principe de base, de bon sens, selon lequel une grande performance est obligatoirement liée à une forte prise de risque a été « oublié ». Pour l’UBS et le CS, la crise des « subprimes » a été parfaitement révélatrice de cette défaillance. Les risques ont été simplement sous-évalués ou, pire encore, méconnus. En effet, au plus haut étage de la hiérarchie, on a laissé la bride sur le cou à des mathématiciens, des spécialistes de produits dérivés, seuls capables d’apprécier la technicité de ces produits. Personne ou presque ne s’est préoccupé de savoir quelle était l’importance du risque pris ; or, les instituts bancaires et financiers ont inondé le marché d’une multitude de produits plus sophistiqués les uns que les autres. Et maintenant que le vent a tourné, ils se retrouvent impuissants devant l’ampleur des dégâts ; plus gênant encore, ils donnent l’impression de ne pas trop savoir où s’arrêtera l’avalanche.

La confiance, élément essentiel des marchés financiers, est sérieusement entamée. Il faudra du temps pour la regagner.
Tirons-en quelques brèves conclusions :

a) Point positif

  • Nos deux banques restent parmi les mieux capitalisées du monde ; l’arrivée du fonds singapourien dans le capital de l’UBS est un gage de sécurité.

b) Points négatifs

  • Nous ne sommes pas du tout certains que les managers de beau temps puissent se muer en capitaines de mauvais temps ; il faudra donc rapidement remanier les conseils d’administration et la direction opérationnelle.
  • La problématique des bonus exorbitants (12 milliards de francs suisses en 2007 pour l’UBS) devra être revue ; il est inacceptable qu’une banque distribue à une petite équipe de dirigeants des sommes aussi astronomiques, au moment où elle annonce des pertes de plus de 20 milliards de francs suisses et fait perdre ainsi à ses actionnaires plus de 58 % de la valeur de leurs actions.
  • Les organigrammes de plus en plus incompréhensibles atteignent au moins un de leurs buts : la dilution des responsabilités, dans ce labyrinthe, une chatte n’y retrouverait pas ses petits.
  • Comme l’a évoqué l’ancien président de l’UBS, M. Nicolas Senn, dans une interview parue en février dernier, il faut que les dirigeants de la banque sortent de leur bureau ; coupés de la réalité, ne sachant plus ce qu’est un client, obnubilés par l’amélioration des résultats, ils étaient programmés pour prendre les mauvaises décisions : et c’est malheureusement arrivé.

Comme toujours dans ces périodes, les marchés exagèrent : la panique s’installe et les baisses touchent tous les secteurs, sans aucune distinction.

Ajoutons-y depuis deux mois une baisse drastique des principales monnaies contre franc suisse. Qu’on en juge :

31 décembre 2007  euro 1.66 maintenant 1.58
  US$ 1.13 maintenant 1.04
  £stg 2.26 maintenant 2.07

Notre explication est la suivante :

Les Etats-Unis d’Amérique, l’Union européenne et la Grande-Bretagne sont confrontés à un ralentissement de la croissance pour ne pas dire à une récession. Tous les chefs d’Etat jurent qu’ils sont intéressés à une monnaie forte, alors que c’est exactement le contraire qu’ils souhaitent ; en effet, grâce à une monnaie plus faible, ils pensent pouvoir améliorer leur compétitivité et donc leurs exportations. Ils baissent leur taux et
l’attractivité de leur monnaie s’en ressent.

Force nous est d’admettre que nous ne nous attendions pas à de telles baisses. Mais nous affirmons que l’ambiance des marchés est plus morose que la réalité économique.

Dès lors, dans un moment pareil, il faut savoir garder la tête froide. Notre excellente diversification dans les secteurs économiques et notre accent principal sur les goals permettront de traverser cet orage sans dommage majeur ; nous avons en effet le temps d’attendre.

Et comme nous sommes convaincus que les marchés émergents seront le moteur le plus important de la croissance, nous venons d’émettre le basket « Emerging Markets no 6 » dont vous trouverez la composition en annexe.

En attendant des jours meilleurs, nous vous prions de croire, chère Madame, cher Monsieur, à nos sentiments respectueux.

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STRAIGHT SPEAKING

IS THE ANSWER TO ESCAPE THE ENDLESS EMPTY SPEECHES